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Visions du Caire

Poètes du désert

(tableaux de Leila Kawash, talentueuse artiste iraquienne. Pour en savoir plus : http://www.calresco.org/kawash/intro.htm )

 

 

 

 

 

 

 

le

Heureux ceux,

Heureux ceux qui s’aiment assez,

Qui veulent assez se plaire,

Qui se connaissent assez, qui s’entendent assez, qui sont assez parents,

Qui pensent et sentent de même,

Assez ensemble en dedans chacun séparément,

Assez les mêmes côte à côte

Qui éprouvent, qui goûtent

Le plaisir de se taire ensemble ,

De se taire côte à côte,

De marcher longtemps, longtemps,

D’aller,

De marcher silencieusement

Le long des silencieuses routes.

 

Heureux deux amis qui s’aiment assez

Pour savoir se taire ensemble

Dans un pays qui sait se taire.

Charles Peguy

 

Le désert est le pays de l’absolu et de l’absolu détachement. Il est aussi le pays de l’absolue vérité. Les éléments y conspirent qui repoussent l’homme de leur sein et le retranchent en lui même : le vent… le soleil… le froid…

Hostile ou despotique, la nature l’orient donc vers la vie intérieure.

Tout au moins détourne t elle de son univers brûlé, de son néant, les regards du nomade pour les tourner vers le dedans vers son âme et vers Dieu ;

Ce qui est la suprême libération.

P. tripier

 

 

Le désert met l’âme nue devant Dieu et manifeste la fragilité de ce qui est humain et la grandeur de Celui qui a fait le ciel et la terre. Il n’est plus question de parures et de têtes. L’homme s’y montre tel qu’il est, et les conventions tombent d’elles-mêmes. Les conformismes y sont impensables. Nul ne peut y jouer un personnage comme dans les grandes villes. Le vrai visage de l’homme apparaît durci par la lumière brutale, tanné par le vent. Il n’y a plus qu’à marcher d’étape en étape, sans regarder en arrière… et en direction de la Terre promise. C’est par amour pour l’homme que Dieu le conduit dans le désert – lieu de l’épreuve – afin de le " décaper " de ses encombrements et de ses mesquineries.

L. de St Joseph – l’Impatience de Dieu

 

Ce qui sauve, c’est de faire un pas. Encore un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence.

St Exupéry – Terre des Hommes

 

Et te voilà en marche

Vers ta contrée lointaine

Qu’au-delà des sables bénissent les eaux,

Gravissant l’étendue d’un puits à l’autre puits,

Comme les marches d’un escalier,

Pris, puisqu’il est une danse à danser

Et un ennemi à vaincre,

Dans le cérémonial du désert.

Et en même temps que des muscles,

Je te bâtis une âme.

St Exupéry – Citadelle

 

 

Et mon désert, si seulement je t’en montre les règles du jeu, se fait pour toi d’un tel pouvoir et d’une telle prise que je puis te choisir, banal, égoïste, morne et sceptique dans les faubourgs de ma ville ou le croupissement de mon oasis, et t’imposer une seule traversée de désert, pour faire éclater en toi l’homme, comme une graine hors de sa cosse, et t’épanouir d’esprit et de cœur. Et tu me reviendras ayant mué, et magnifique, et bâti pour vivre de la vie des forts. Et si je me suis borné à te faire participer de son langage – car l’essentiel n’est point des choses mais du sens des choses -, le désert t’aura fait germer et croître comme un soleil.

St Exupéry – Citadelle

 

De ce lien entre le désert et la Parole divine, la langue hébraïque nous donne une preuve supplémentaire :

Médaber signifie " je parle " et midbar " désert ".

Bernard Blanc

 

L’expérience du désert a été pour moi dominante.

Entre ciel et terre, entre le Tout et le Rien, la question est brûlante.

Elle brûle et ne se consume pas.

Elle brûle pour elle même, dans le vide.

Le désert, c’est aussi l’écoute,

L’extrême écoute.

Edmond Jabès

 

La vérité du désert, c’est le silence

Sylvie Acatos, Sahara

 

…A vivre dans le désert, on apprend à recevoir du même cœur le dénuement et la profusion. L’éternité du monde est fugitive, la fleur d’un seul jour justifie à certains instants toute l’histoire des hommes.

Albert Camus

 

Au pays d’Abel le Juste…

L’immense espace monotone impose le grand désencombrement de l’esprit, et comme la réduction décisive à l’unité. Cet aspect mystique est parfois physiquement sensible. A certaines places, chaque soir, le soleil s’abîme dans une splendeur telle qu’elle absorbe tout l’univers et toutes les apparences dans la gloire et l’unité du seul Etre nécessaire.

Emile Dermenghem, le pays d’Abel

 

Dans le désert on vit au rythme du cosmos. On ne triche pas, on obéit. Le puits est ici et non pas là, et le suivant à 650km plus loin, pas un de moins. C’est à prendre ou à laisser, mon jeune ami. Si cela ne vous plait, n’y allez pas, restez chez vous à regarder la télé.

Mais si vous entrez au désert, jouez le jeu. C’est la patience, l’humilité, la soumission au réel. Bénéfiques exercices pour un orgueilleux primate trop tenté de se prendre pour le roi de la création.

Théodore Monod

 

Un certain désert est aussi nécessaire que l’eau est vitale au poisson. Car pour ceux dont la vie est d’aller à la rencontre du Tout Autre, le désert est le lieu de " l’accomplissement des promesses divines ". le désert exprime une exigence de solitude et de silence où passe le témoignage rendu à l’absolu de l’unique nécessaire. Il y a là une gratuité qui rejoint celle du vase au col brisé dont le parfum se répand sur les pieds de Jésus. le désert est gratuit, il n’est pas absurde. Seul l’amour peut le comprendre. Lui seul peut l’admirer pleinement parce que lui seul opère l’échange merveilleux en quoi le dénuement du désert, loin d’être néantisant, devient ouverture, l’anéantissement accueil, la pauvreté transparence aux symboles primordiaux : l’eau, le feu, la terre, le ciel, la lumière et cette gentiane perdue dans un creux de montagne.

 

Alors, à l’ombre du silence et dans l’  " accoisement " du cœur, surgit, dense et drue et lumineuse, la Parole qui dit l’émerveillement de l’homme prolongeant celui de Dieu devant sa création.

Jacques Rousse, la Mission poétique des contemplatifs

 

Le désert !

 

Un endroit sans chemin et sans eau…

C’est là tout sec où Tu m’as planté

Pour me mettre plein la figure

De ta puissance et de ta gloire !

Ps 62, d’après Paul Claudel

 

Le silence est un des charmes les plus subtils de ce pays solitaire et vide. Il communique à l’âme un équilibre que tu ne connais pas, toi qui as toujours vécu dans le tumulte ; loin de l’accabler, il la dispose aux pensées légères. On croit qu’il représente l’absence de bruit, comme l’obscurité résulte des absences de la lumière : c’est une erreur. Si je puis comparer les sensations de l’oreille à celles de la vue, le silence répandu sur les grands espaces est plutôt une sorte de transparence aérienne, qui rend les perceptions plus claires, nous ouvre le monde ignoré des infiniment petits bruits, et nous révèle une étendue d’inexprimables jouissances. Je me pénètre ainsi par tous mes sens satisfaits du bonheur de vivre en nomade.

Eugène Fromentin Un été dans le Sahara

 

Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu. C’est là que l’on se vide, que l’on chasse devant soi tout ce qui n’est pas Dieu et que l’on vide complètement cette petite maison de notre âme pour laisser toute la place à Dieu.

C’est un temps de grâce.

C’est une période par laquelle toute âme qui veut porter des fruits doit nécessairement passer. Il lui faut ce silence, cet oubli de tout le créé au milieu desquels Dieu établit en elle l’esprit intérieur, la vie intime avec Dieu.

 Charles de Foucault

 

C’est dans la solitude que Dieu se donne tout entier

Charles de Foucault

 

On ne va jamais au désert

Sans traverser beaucoup de choses,

Sans être fatigué par une longue route,

Sans arracher ses yeux

A ce qui est l’horizon de tous les temps.

 

Les déserts se gagnent,

Ils ne se donnent pas.

Les déserts de notre vie,

Nous ne les arracherons

Au secret de nos heures humaines

Qu’en violentant nos habitudes, nos paresses.

C’est difficile , mais essentiel à notre amour.

Madeleine Delbrêl, La Joie de croire

 

Tu dois aller au désert avec une âme simple, sans te préoccuper d’une œuvre à faire : en réalité, tu n’as rien à faire au désert qu’à simplifier ta vie, à la dépouiller de toutes les préoccupations et activités. Le désert n’est pas difficile, il est exigeant ; il n’est pas compliqué et c’est pourquoi il exige la simplicité. Jette sur toutes choses un regard neuf, un regard de foi : sur la nature, sur tes travaux quotidiens, sur les événements, en un mot sur toute la trame de ta vie humaine… Cela revient à vivre le moment présent…

 

C’est le secret du désert…

N’attends rien d’autre que la plénitude du présent.

René Voillaume

 

Il y a dans le monde de nombreux paysages plus beaux, mais aucun, je crois, ne peut façonner l’esprit humain de façon si souveraine.

 

Dans sa rigueur et son austérité, le désert élimine de notre aspiration à comprendre la vie tous les subterfuges et toutes les multiples illusions par lesquels une nature généreuse peut prendre au piège l’esprit humain et l’amener à projeter sa propre imagerie autour de lui.

 

Le désert qui est nu et propre ignore tout compromis.

 

Il balaye au cœur de l’homme toutes les aimables fantaisies qui pourraient servir d’atours aux désirs pris pour des réalités, et ainsi lui confère la liberté de s’abandonner à un Absolu sans image : le plus éloigné de ce qui est loin, mais aussi le plus proche de ce qui est près.

 

Depuis que l’homme a commencé à réfléchir, le désert a été le berceau de toutes ses croyances en un Dieu unique

Muhammad Asad – 1976

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Caire vu par les écrivains

Source : Egypt State Information Service

A moins qu'on y entre par la place de Roumélie, on y monte par des routes entourées de hauts murs. Sur la plate-forme est la mosquée de Mehemet-Ali. Au milieu de la cour, jolie fontaine en albâtre. Dans un coin de la mosquée (on la construit maintenant), le tombeau provisoire de Mehemet-Ali entouré d'une cage en bois, recouvert de tapis, sous un lustre de cristal.Du haut de la citadelle on a la vue générale du Caire. Les pyramides étaient en plein soleil, on ne pouvait les voir. A droite, la plaine des tombeaux des Califes - en face Le Caire, un peu plus loin à gauche les masses de décombres qui précèdent le vieux Caire - derrière vous.
Gustave Flaubert - Le Voyage en Egypte, Entente, Paris, 1868, p 198.

 On aperçoit d'abord à ses pieds une vaste place, et de l'autre côté, en face, la mosquée de Hassan, puis à droite et à gauche l'étendue de la ville, coupée de milliers de rues, semée de places, encombrée de mosquées et de grands bâtiments, et en cent endroits fleuris par des bouquets d'arbres et des jardins. Ce n'est pas gai, ce n’est pas bizarre, ce n'est pas majestueux comme on l’entend d'ordinaire, c’est-à-dire que toute symétrie est absente; mais c’est grand, vaste, plein d'air, de vie, de chaleur, de liberté, et partant de beauté.
Joseph Arthur de Gobineau - Trois ans en Asie in OEuvres, t.II, Gallimard, coll. La Pléiade, Paris, 1993 (éd. originale 1859), p 41.

Le Caire est une ville en tout point prenante. A son sujet, on ne peut parler de charme , ce qu’on ressent est beaucoup plus fort. Une sorte de fascination, à travers ses couleurs, ses odeurs; à travers sa mobilité en somme, celle de ses habitants; mais aussi à travers sa millénaire immobilité, ses paysages plats, son sable...
Edmond Jabès – “Le Caire quitté”,
in Le Caire, Autrement, Paris, hors série n°12, février 1985, pp 44-45.

Pour aimer Le Caire, il faut aimer la chaleur un peu trop. Alors l'ombre la plus avare, la boisson la plus simple et le plus petit refuge prennent un attrait singulier. Comment goûter à fond la fraîcheur de la nuit si l'on a pas été accablé par la chaleur du jour ?
Jean Grenier- Lettres d'Egypte,
Gallimard, coll. L’imaginaire, Paris, 2000 (éd originale 1962), p. 35.

Boulaq, beaucoup plus grand que je ne l'imaginais, très pittoresque. Vieille rue bordée de hautes maisons, pur style arabe, magnifiques moucharabiehs. Je n'en connais pas au Caire de plus riches et de plus intacts. L'intact est ce qu'il y a de plus rare.
Eugène Fromentin - Carnets du voyage en Egypte,
in OEuvres complètes, Gallimard, coll. La Pléiade, Paris, 1984 (éd. originale S.D. ), p 1106

Le Khan-Khalil est fantastique. Khan des tapis. Toutes leurs étoffes dehors, disposées en chapelles. Richesses qu’on ne soupçonne pas; c'est éblouissant. A minuit, Le Caire est broyant, vivant, remuant comme en plein jour, plus qu'à midi, heure où le commerce fait la sieste.
Eugène Fromentin - Carnets du voyage en Egypte,
in OEuvres complètes, Gallimard, coll. La Pléiade, Paris, 1981 (éd. originale S.D. ) p 1098.

Le Caire est un des bienfaits de Dieu. Cette ville réunit la vie terrestre et notre religion sacrée, elle est la nuit et le jour, l'enfer et le paradis, l'Occident et l'Orient.
Naguib Mahfouz, “Le Cortège des vivants.”

Entre les mosquées, une de celles qui m'a plu davantage c’est celle d'al-Azhar. Non pas qu'elle soit des plus belles au point de vue de l'architecture, mais les professeurs et les innombrables étudiants qui se pressent autour de ses colonnes et dans sa cour rappellent d’une manière toute vive la façon libre et vraiment intellectuelle dont on étudiait autrefois.
Joseph Arthur de Gobineau - Trois ans en Asie, in OEuvres, t.II, Gallimard, coll. La Pléiade, Paris, 1993 (éd. originale 1859). p. 46

Je l'avais vue tant de fois dans les rêves de la jeunesse qu'il me semblait y avoir séjourné dans je ne sais quel temps; je reconstruisais mon Caire d'autrefois, il me semblait que j'imprimais les pieds dans la trace de mes pas anciens.
Gérard de Nerval - Voyage en Orient, Garnier-Flammarion, Paris, 1980 (éd.originale 1851), p.253.

Car s’il est certes tout à fait faux que Le Caire soit, comme dit Nerval, “la seule ville orientale ou l'on puisse retrouver les couches bien distinctes de plusieurs âges historiques ”, il est certain que cette “distinction” y est plus claire que dans les autres (bien plus claire d'ailleurs aujourd'hui qu'au temps de son voyage), et ceci comme il l'a fort bien ressenti à cause du caractère durable de ses monuments, de cette hantise de persistance qui a possédé ses princes: “Les mosquées, à elles seules, raconteraient l'histoire entière de l'Egypte musulmane car chaque prince en a fait bâtir au moins une, voulant transmettre à jamais le souvenir de son époque et de sa gloire; c'est Amrou, c'est Hakem, c'est Touloun, Saladin, Bibars ou Barkouk, dont les noms se conservent ainsi dans la mémoire de ce peuple.”
Michel Butor - Le Génie du lieu, Grasset, Paris, 1994 (éd. originale 1958), pp. 165-166.

J'arrivai enfin à la ville du Caire, métropole du pays et ancienne résidence de pharaon aux pieux; maîtresse de régions étendues et de pays riches, atteignant les derrières limites du possible par la multitude de sa population et s'enorgueillissant de sa beauté et de son éclat. C'est le rendez-vous des voyageurs, la station des faibles et des puissants.Tu y trouves tout ce que tu desires. Quoique fondée depuis longtemps, elle jouit d'une adolescence toujours nouvelle; l'astre de son horoscope ne cesse pas d'habiter une mansion heureuse. [...] Elle possède le Nil, dont la gloire est grande, et qui dispense son territoire d'implorer la pluie; et ce territoire qui s’étend l’espace d'un mois de marche pour un marcheur très actif, est généreux et réconforte l'homme éloigné de son pays natal.
Ibn Battuta - Voyages, La Découverte, Paris, 1990 (éd originale 1851). Traduction C. Defremeryet B.R. Sanguinetti.

Aucune image ne parvient à elle seule à mettre en scène un espace ou s’accumulent les contraires, une cité qui, chaque fois qu'on croit la saisir, échappe, chaque fois qu’on croit la comprendre, déroute, chaque fois qu'on croit la reconnaître, surgit ailleurs et autre: l'urbaine est aussi rurale, l'orientale est aussi occidentale, l'arabe est aussi africaine, la splendide est aussi l’épreuse, l'indolente est aussi violente, la puritaine est aussi sensuelle, I'humour subvertit la tragédie, l'émeute dément la résignation. Le Caire: Mille et Une villes.
Edwige Lambert / IsabelleVinatier – “Identification d'une ville”, in Le Caire, Autrement, Paris, hors-série n°12, février 1985, pp. 10-11

Enfin, de l'autre côté du Nil, à Gizeh, apparaissent, premières notes de cette longue inépuisable mélodie qui se poursuit pour le voyageur descendant en train vers le sud, jusqu'à l’embranchement du Fayoum, les trois pyramides jusqu'au pied desquelles mène le tramway, ces trois immenses irrécusables monuments qui, lorsque l’on commence à s'en approcher, percent la rectitude de leurs lignes, se mettent à ressembler à de très gros tas de cailloux dont on est incapable d'apprécier l'ampleur et la distance, si bien que l'on se croit déjà arrivé alors qu’il reste encore un assez long chemin a parcourir, de cailloux qui augmentent individuellement de volume à mesure que l'on marche prenant des proportions que l’on n'aurait pas soupçonnées, de telle sorte qu'il vient un moment ou on se demande jusqu'à quand va continuer cette croissance formidable, I'ensemble perdant alors sa forme si bien connue, la face qui vous regarde occupant tout l'horizon, ses trois pointes faisant fuir le regard en de vertigineuses perspectives lorsque votre main touche enfin la pierre .
Michel Butor - Le Génie du lieu, Grasset, Paris, 1994 (éd. originale 1958), p 172.

Je me souviens des rayons du Soleil qui traversaient les nuages de poussière tandis que les gamins se faufilaient entre les autobus et les camions pour apporter des plateaux de café avec une folle dextérité dans une échoppe de l'autre côté du boulevard hurlant et souriant Tout cela s'est inscrit dans mes neurones avec son arrière-plan de momies d'or de pyramides et de mosquées fleuries de haut-parleurs tonitruants invitant à la prière du soir si bien que maintenant où que je sois la moindre allusion ou information fait battre mon coeur de souci pour eux Ville paradoxale au confluent non seulement des siècles et cultures mais du désert et de l'habitation de l'enfance le vieillesse et la mort nos voyageurs qui se sont succédé depuis des siècles pour interroger ta rumeur d'oracles tous ont laissé leurs kas dans tes rues pour te célébrer .
Michel butor